Nos Âmes Tourmentées de Morgane Moncomble

Okaaaaay, ça fait littéralement des mois (voire années) que je n’ai plus chroniqué un roman et même si j’imagine que c’est un peu comme le vélo (ça ne s’oublie pas, il paraît) tout ça me stresse un peu. Mais j’ai décidé de reprendre ce blog et même si je lis beaucoup moins qu’avant (coucou le burnout) ça fait tellement longtemps que je n’ai pas partagé mes lectures que j’ai un bon paquet de livres à rattraper.

Si je n’ai jamais parler de Morgane Moncomble sur le blog jusque-là, elle est pourtant devenue l’une des autrices françaises dont je suis le plus l’actualité aujourd’hui. La logique aurait voulu que je chronique dans l’ordre chronologique et donc que je commence par ses deux premiers romans, que j’ai lu début 2019, mais j’ai jamais dit que j’étais logique, mmh. Alors voici Nos Âmes Tourmentées, le troisième roman de Morgane Moncomble et ce que j’en ai pensé.

Trigger warning : mention de dépression, viol et harcèlement dans la chronique.

Résumé

Lorsqu’Azalée revient à Charleston, sa ville natale, ce n’est pas de gaîté de coeur. Elle a préféré partir quelques années auparavant pour échapper à des souvenirs pénibles et pour mettre le plus de distance possible entre elle et ceux qui lui ont fait du mal.
Sa mère, avec qui elle n’avait plus aucun lien, vient de mourir lui laissant sa maison et une succession à régler.
La voilà de nouveau dans la maison familiale, pour un temps qu’elle espère le plus bref possible.
Jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance d’Eden, son nouveau voisin.
Il est charmant, amusant, différent des hommes qu’elle a rencontrés jusqu’alors. Il lui donne envie de changer, de bousculer le fragile équilibre qu’elle avait trouvé loin d’ici. Peut-être même de céder à son attirance. De vivre heureuse à nouveau tout simplement.
Mais cela impliquerait de rester à Charleston. Est-elle capable de faire table rase du passé, d’oublier tout ce qui s’est passé ici ?
Eden a ses propres fêlures mais il est prêt à l’aider. Azalea a un long chemin à parcourir mais il pourrait la conduire vers l’amour et le bonheur.

Des personnages très bien travaillés

Si tu me suivais à l’époque où A Cup of Autumn était encore un blog parlant principalement de livres, tu sais que la new romance et moi avons une relation compliquée. Généralement, ça passe ou ça casse. Quand ça passe, les histoires sont généralement des coups de cœur, quand ça casse… ben je n’en parle pas.

Qu’en est-il de Nos Âmes Tourmentées, alors ? Si tu lis cette chronique, tu dois te douter que j’ai aimé ma lecture mais je vais t’en dire un peu plus sinon tout ce blabla n’aura pas servi à grand-chose.

Dans un roman, deux choses peuvent vraiment me marquer : la profondeur et le développement psychologique des personnages mais aussi la représentation, que ce soit à travers des personnages LGBTQI+, handicapées… ou des sujets difficiles comme les maladies mentales, le handicap, le viol, etc. Le troisième roman de Morgane Moncomble contient tout ça alors j’avoue que je me lançais un peu avec crainte. Pas que je redoutais le style de l’autrice, je l’avais adoré dans ses deux premiers romans, mais là, le ton du livre et les thèmes abordés étaient bien différents.

Pour ce qui est du premier point : la psychologie des personnages. Si on pourrait croire trouver l’opposition classique de la new romance dans le couple principal (aka nana en apparence forte mais fragile au fond et mec en aparence froid, distant, voire un peu creepy) Azalée et Eden (parce que c’est surtout d’elleux dont je vais parler) ne rentrent pas totalement dans ce schéma et ça fait du bien !

Au début, je me suis dit qu’Azalée allait être ce personnage féminin forte mais si fragile à la fois. On ne va pas se mentir, Azalée est une personnalité forte, sans filtre, qui se fout de ce que pensent les autres et qui dit ce qui lui passe par la tête. Et oui, cette carapace est compensé par un passé difficile. Mais je ne sais pas, il y a quelque chose de différent chez Az’, quelque chose qui fait que ces deux faces de son caractère qui pourrait être en opposition se mêlent et se complètent, plutôt. À Charleston, où elle revient après six ans d’absence, elle a une réputation de fille facile, de traînée et elle s’en sert pour ne pas laisser les autres lui faire du mal. Un peu comme si elle contrôlait elle-même cette image négative et la tournait en sa faveur. Ce que j’ai aimé chez elle, c’est son je-m’en-foutisme et le fait qu’elle n’a aucun filtre, ça fait du bien d’avoir un perso qui dit tout haut ce qu’on pense parfois tout bas.

Pour ce qui est de son côté fragile… et bien vu que ça a un lien direct avec l’image de fille facile qu’elle se traîne, bizarrement ça fait sens. Elle a vécu des violences (sexuelles, psychologiques de par le harcèlement…) qui l’ont laissé totalement en état de stress post traumatique et à 23 ans, elle gère un peu comme elle peut. Elle a des défauts (c’est une freaking tête de mûle qui a une fierté parfois mal placée) et elle se trompe, ce qui la rend profondément humaine. On la voit évoluer tout au long de l’histoire, que ce soit au contact d’Eden mais aussi des autres personnages secondaires, des amis qu’elle retrouve après sa longue absence et pour qui la vie a continué.

Eden, quant à lui est pour moi la bonne surprise de ce roman. S’il est directement attiré par Azalée et que leur première rencontre est un peu what the fuck, on sent que son intéret pour elle, qui se développe avec les jours et les semaines, est sincère. Son côté « je vais te connaître et tu n’auras pas le choix » pourrait le faire passer pour un mec creepy mais en fait… non. Il laisse tout de même de l’espace et du temps à Azalée, ne la stalk pas jour et nuit et la laisse venir d’elle-même. Lui aussi a connu une enfance difficile et une première histoire d’amour qui l’a marqué à vie. Si ce qu’il a vécu peut paraître cliché, ce que j’ai aimé chez lui c’est le fait que jamais ça ne tombe dans le patos et finalement, ça fait partie de son personnage et voilà.

En ce qui concerne les personnages secondaires, j’ai eu un petit coup de cœur pour Alyssa même si toute la bande est fort sympathique. Josh est aussi un chouette personnage et même s’il n’est pas sur le devant de la scène, il a ses qualités et ses défauts et comme les autres, fait des erreurs.

Le côté psychologique des persos dans Nos Âmes Tourmentées est donc un grand oui pour moi. Iels sont toustes réfléchi·e·s, bien construit·e·s et attachant·e·s chacun·e à leur manière.

Des thèmes difficiles

Là où se joue pour moi une grande partie de Nos Âmes Tourmentées c’est sur les thèmes q’aborde le livre. Par la vie d’Azalée, déjà, Morgane Moncomble aborde le viol, le harcèlement (scolaire ou sur le web), des sujets toujours d’actualité qui sont ici reportés en la personne d’Azalée qui a traversé, et traverse encore tout ça, même au cours de l’histoire. La question de la prise en charge des victimes, le fait que parler ou porter plainte est rendu difficile dans un monde où on est peu écouté·e·s, surtout en tant que femme. Il s’agit d’un point de vue individuel, au niveau d’Azalée, ce qui fait que la question n’est peut-être pas traîtée dans son intégralité. Et même si on pourrait penser que les violences qu’a connues Az’ ne sont que des ressorts scénaristiques pour faire pleurer dans les chômières, ce n’est pas le cas ici. Ça fait parti d’elle, ça la définit et l’influence mais elle ne se résume pas qu’à ça.

L’aspect féministe que prend l’autrice à travers le podcast d’Azalée (je trouve cette idée géniale) est bien amené puisqu’il est présent en début de chapitre sous forme d’extraits. Je regrette cependant que la question n’est pas été plus approfondie. Je pense que le féminisme aurait pu être plus présent, notamment dans les réflexions même des personnages. Mais le fait que cet angle soit présent dans un roman de ce style littéraire est une bonne surprise que j’ai tout de même savourée.

Les conséquences des traumatismes qu’on vécus les personnages sont très bien retranscrits. La dépression toujours présente d’Az’ qui ressurgit au moment où tout devient trop dur pour elle… cette partie de l’histoire a fait échos en moi et ça faisait longtemps que le vécu d’un personnage ne m’avait pas autant touché·e. À travers les mots de Morgane Moncomble, j’ai retrouvé des choses que j’ai ressenties en tant que personne en dépression et en PTSD… ça peut toucher un peu trop près de sujets et de moments sensibles mais personnellement, je l’ai plus lu comme un soulagement.

Un dernier petit mot sur l’histoire d’Eden et Azalée… Peut-être que tu t’attendais à ce que j’aborde leur relation et leur amour en long en large et en travers parce que c’est de la new romance… mais Nos ämes Tourmentées est tellement riche que mon avis s’est porté sur autre chose, oopsie. Je ne dirais qu’une chose : Eden et Azalée sont de ses couples que l’on est heureux de voir que tout se finit bien pour elleux. L’épilogue, si parfois too much, nous permet ici de voir que malgré toute la souffrance et le fait que l’autrice ne leur ait rien épargné… et bien iels ont leur vie, même si c’est loin du « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». La fin, même si elle est une bouffée d’oxygène après la lecture du roman, reste réaliste et je ne suis pas du tout resté·e sur ma fin.

Conclusion

Si le pari de Nos Âmes Tourmentées était risqué, faisant sortir Morgane Moncomble de ces deux premiers romans plus humoristiques et romantiques, le pari est réussi. La lecture est rude, on ne va pas se mentir et peut-être que certains thèmes auraient pu être plus approfondis… mais le livre est déjà bien assez riche comme ça. Je recommande pour celleux qui aiment la new romance et la psychologie chez les personnages.

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